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LE MONDE | 13.12.01 | 18h07
Hamid Karzaï, un Pachtoune nommé président
Le nouvel homme fort de l'Afghanistan connaît bien le monde occidental

Kaboul de notre envoyée spéciale

Pachtoune, le nouveau président afghan est un proche des Américains, C'est dans la province d'Uruzgan, à 30 km de Kandahar où il conduit avec l'aide des forces spéciales américaines une offensive contre les talibans que Hamid Karzaï, le nouveau chef de l'exécutif provisoire afghan, aura appris sa nomination. A quarante-quatre ans - il est né le 24 décembre 1957 - ce Pachtoune de Kandahar, membre d'un petit clan de la tribu des Popolzaï n'est pas un novice en politique puisqu'il fut en 1992, le vice-ministre des affaires étrangères du premier gouvernement moujahidin à Kaboul.

Contrairement toutefois à ses pairs, Hamid Karzaï n'est pas un moujahidin et n'a pas participé au djihad (guerre sainte) contre les Soviétiques de 1979 à 1989.
   
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Dégoûté par les sanglantes luttes de pouvoir entre moujahidins, il démissionne vers 1994 et soutient la lutte des talibans qui, espère-t-il alors, vont nettoyer l'Afghanistan des petits commandants qui font régner la terreur, avant de remettre le pays à l'ex-roi Zaher Chah.

EN EXIL À QUETTA

A un moment il espère même être leur représentant à l'ONU, mais la nomination ne se fait pas et plus tard Hamid Karzaï nous expliquera qu'il avait alors compris que "les talibans n'étaient qu'un outil du Pakistan". Ses relations avec le Pakistan où il vivait en exil à Quetta ont toujours été compliquées et il ne craignait pas d'accuser Islamabad de vouloir entraver son travail d'opposition aux talibans. Contrairement à ses deux frères, qui jusqu'à récemment vivaient à Washington où ils ont des restaurants, Hamid le cadet est toujours resté à Quetta où il recevait, dans la maison familiale, les anciens ou les chefs de tribus pachtounes, en compagnie de son père assassiné il y a deux ans à Quetta.

Aussi à l'aise à discuter accroupi sur un tapis que dans un salon à Washington ou à Londres, Hamid Karzaï a une large connaissance du monde occidental. Après Kaboul et l'Inde où il a étudié le droit, il a parfait sa formation aux Etats-Unis où il fut un moment consultant de l'entreprise pétrolière américaine Unocal, quand celle-ci étudiait la construction d'un oléoduc en Afghanistan.

Après les attentats du 11 septembre et "la chute annoncée" des talibans, il nous affirmait : "Tout Afghan a deux souhaits : le retour de la souveraineté afghane et la fin des terroristes." Il souhaitait alors que les Etats-Unis laissent les Afghans agir et affirmait "bombarder Kandahar ne va pas aider". C'est toutefois avec l'aide des Etats-Unis dont il est très proche, qu'il est rentré en Afghanistan il y a environ un mois, pour mener, parallèlement à l'ancien gouverneur de Kandahar Gul Agha, l'offensive sur le dernier fief des talibans.

Encerclé par les talibans au début de son séjour, les Américains l'avaient secouru par hélicoptère, avant de l'emmener dans la province d'Uruzgan. Interrogé sur ses préférences pour diriger l'exécutif provisoire, entre le Pachtoune Hamid Karzaï et l'Ouzbek, Abdul Sattar Sirat, le "ministre des affaires étrangères" de Kaboul, le Dr Abdullah affirmait, mardi 4 décembre, "préférer l'idée que ce soit un Pachtoune."

Le Monde du 6 décembre

Françoise Chipaux

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.12.01

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